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ETRE PRODUIT QUELQUE PART, CE N’EST PAS TOUJOURS UN HASARD

Dans un contexte de méfiance généralisée et de remise en question de la mondialisation, les consommateurs plébiscitent désormais le local au détriment du global : plus de 8 Français sur 10 voient le local comme un outil pour répondre aux enjeux économiques, sociaux et environnementaux et 23% des Français âgés de plus de 18 ans se considèrent comme des locavores*. Tour d’horizon d’un marché prometteur, en pleine expansion, avec ses adeptes et ses détracteurs.

 

Tout d’abord, le locavorisme n’est pas si nouveau. Dès le Moyen Âge, les producteurs et les clients se retrouvent sur les marchés forains pour échanger en direct… mais la modernisation du commerce et l’explosion de la grande distribution dans les années 70 ont peu à peu distancié ces liens, en ajoutant de nombreux intermédiaires. Ce n’est que dans les années 2000, avec la crise de la vache folle et les scandales alimentaires qui suivront, que les consommateurs se réveillent et s’inquiètent, changeant petit à petit leurs habitudes ;

Car quoi de plus rassurant finalement que d’acheter directement au producteur que l’on connaît ? Comme au Japon lorsque les mères de familles, citadines, créent les « teikei » et passent des contrats en direct avec les producteurs de riz, en échange d’une production sans produit chimique. Un moyen de retrouver de la transparence et de la confiance.

 

DU MADE IN FRANCE AU MADE IN NORMANDIE

 

On se souvient du journaliste Benjamin Carle qui s’était lancé un défi un peu fou en 2014 : vivre 100% français pendant un an, pointant du doigt la difficulté de s’approvisionner en produits français face à une économie délocalisée. Mais petit à petit, le marché s’est développé et de nombreuses marques se sont positionnées sur ce créneau valorisant nos ressources nationales. Il est désormais possible d’avoir un slip français, un jean français, de manger du chocolat français et même de boire de la soupe fabriquée en France… mais doit-on s’arrêter là ?

 

Le chocolat des Français, Qui se cache derrière le chocolat des français ?
© Le chocolat des Français
© Liebig design by SUB

 

En poussant le concept encore plus loin, d’autres acteurs ont cherché à valoriser des terroirs plus précis comme la marque Saint James, un village normand devenu une marque légendaire, qui produit depuis 1850, des vêtements chauds grâce à la laine de pays des moutons dits de pré-salés ou le Coq Tocqué qui valorise un terroir de qualité et assure des cidres et jus de pommes 100% normands.

Ou même la célèbre Tata Harper, dont la marque éponyme est spécialisée dans la cosmétique haut de gamme 100% naturelle avec des formules ultra-concentrées en actifs végétaux sans aucun agent synthétique et qui surtout contrôle toute la chaine de production grâce à sa ferme dans le Vermont où ont lieu la culture, la formulation et la production des cosmétiques, chose très rare ! Ici nul doute, on sait parfaitement ce qu’on se met sur la peau.

 

© Tata Harper
© MONAGROM

 

 

 

 

 

 

 

Enfin, Chez ce cher Serge, on assure certes des produits français, mais plus que ça, on garantit des produits à l’impact environnemental minimisé en choisissant des fournisseurs de matières premières à proximité des transformateurs. Ainsi le champ de blé et le meunier sont à seulement 60km des ateliers de cuisine. La marque n’hésite pas à communiquer sur cet engagement « on-pack ».

 

© Chez ce cher Serge
© Chez ce cher Serge

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LES LIMITES DU LOCAVORISME

 

Déjà, le locavorisme ne doit pas être dénué de bon sens. Des aliments produits localement mais « hors-saison » sous serre chauffée consommeront toujours plus d’énergie et rejetteront plus de gaz à effet de serre que des produits importés de pays où ils sont cultivés en plein air, et ce même avec un long transport. Exemple : une salade cultivée en Allemagne, sous serre, en hiver aura un bilan en termes de CO2 émis, de la production à la consommation, deux fois plus élevé que le même légume importé d’Espagne où il est cultivé en plein air !

 

Se pose ensuite la question de la logistique et du transport. Ce n’est pas parce qu’un produit parcourt une plus petite distance que son impact environnemental est plus faible. En effet, ramenées au kilogramme de produit transporté, les consommations d’énergie et les émissions de gaz à effet de serre varient d’un moyen à l’autre. Par exemple, les émissions par kilomètre parcouru et par tonne transportée sont environ 10 fois plus faibles pour un poids lourd de 32 tonnes et 100 fois plus faibles pour un cargo transocéanique que pour une camionnette de moins de 3,5 tonnes car ils permettent de parcourir de plus grandes distances à impact gaz à effet de serre équivalent.

 

Enfin, certains chercheurs comme Philippe Silberzahn, soulèvent un autre problème : celui de remettre en cause les bienfaits de la division du travail qui permettent de créer de la valeur. En effet, plus les producteurs sont locaux, plus ils sont petits car le marché est notamment limité, et plus leurs coûts sont élevés. La rentabilité est moindre et le risque est aussi que les prix augmentent. Prenons comme exemple la traditionnelle baguette : je peux certes la faire moi-même. Cependant l’achat des ingrédients et des outils rendra le coût de ma baguette supérieur au prix affiché en boulangerie. Car lorsqu’un professionnel spécialisé fabrique une baguette, il en produit beaucoup, son expertise et sa spécialisation assurent sa performance économique. Il amortit ainsi plus facilement ses investissements.

 

 

ET DEMAIN ?

 

De nouveaux concepts voient le jour et proposent notamment des dispositifs qui allient expertise, localité et véritable proximité. Par ce biais ils limitent ainsi le coût énergétique du transport qui, nous le savons, représente environ 11%** de l’impact environnemental d’un produit.

Certains chefs ou centres commerciaux ont installé une partie de leur potager directement sur les toits de leurs buildings, comme à So Ouest où une exploitation maraichère de 220 m2 évolue selon les principes de la permaculture. Ici les légumes, fruits et aromates sont cultivés verticalement, sans herbicides, ni pesticides, ni engrais ! Ils sont ensuite proposés aux restaurateurs du centre et des environs (environ 290 kg de fraises et 1,7 tonnes de tomates à l’été 2018).

 

© Farmhouse


 

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