loader image

EMBALLAGES PLUS RESPONSABLES ET CREATIFS

À l’heure des « Plastic attack », du boom du zéro déchet, de l’explosion du vrac, mais aussi de la démultiplication des scandales alimentaires, des produits contrefaits et frauduleux ; nous nous interrogeons sur l’avenir du packaging ? Peut-il y avoir des emballages plus responsables et créatifs ?

 

Tantôt outil de protection et de sécurité, tantôt jugé inutile, il a depuis peu mauvaise presse : il pollue, tue les tortues, diffuse des microparticules, contamine nos eaux… et surtout nous envahit comme l’a récemment exposé le photographe Antoine Repessé avec son projet « 365 unpacked » qui questionne sur la quantité de déchets qu’entrainent nos réflexes de consommation.

 

 

D’ailleurs connaissez vous le 7continent ?

 

Selon la revue Scientific Reports, il occupe environ 1,6 million de km2 dans l’océan Pacifique… c’est une monstrueuse masse qui ne cesse de grandir… Un nouveau continent créé de toutes pièces par nos 1800 milliards de déchets ! Des chiffres effrayants qui bousculent nos écosystèmes, nos sociétés et nos consommations.

 

Antoine Repesse, #365, Unpacked 

© Antoine Repessé

 

Ni tout blanc, ni tout noir, il est aujourd’hui temps de réfléchir à une 3evoix et de résoudre l’équation : moins de déchets / plus de créativité ?

 

DES MATIÈRES INNOVANTES

 

 

Particulièrement incriminé, le plastique est désormais l’ennemi public numéro 1 comme l’a récemment expliqué Michel-Édouard Leclerc en indiquant vouloir partir en guerre contre le plastique dans ses supermarchés. Le matériau issu initialement du pétrole est fabriqué avec des polymères synthétiques fabriqués à partir de ce combustible fossile. De plus, des composants chimiques y sont souvent ajoutés pour le rendre plus souple, plus rigide ou encore coloré… des matériaux aux conséquences encore mal connues mais qui causent de réelles inquiétudes.

 

C’est pourquoi aujourd’hui, de nombreuses initiatives voient le jour autour des biomatériaux : des matières innovantes biosourcées issues de la biomasse végétale ou animale, c’est à dire d’origine entièrement biologique.

C’est par exemple le cas des sacs VEGEOS fabriqués à partir de fécules de pomme de terre, des ressources végétales entièrement renouvelables. Les ECO CAPSULE fabriquées en France avec un agro-matériau issu de filières céréalières françaises. Des matières innovantes et naturelles, fabriquées à partir de cire d’abeille, de fibre de coco ou encore de champignon comme chez DELL qui utilise désormais un système d’emballage novateur et peu coûteux issu du mycélium : un composant qui se décompose parfaitement et rapidement, et dont l’organisme participe au cycle du carbone et donc à la réduction des effets de serre !

 

Une solution qui a tout bon et qui fait de l’œil au géant suédois IKEA qui s’est récemment engagé à réduire l’utilisation de matériaux fossiles et qui teste actuellement cette innovation.

 

Toutefois, tout n’est pas aussi simple comme nous le rappelle Eliette M., étudiante ingénieure à l’INSA en science et génie des matériaux : « Le challenge des ingénieurs de demain est de repenser les matières sans altérer ni dégrader leurs propriétés mécaniques, sans trop impacter le coût et en étant vigilant quant aux mauvaises interactions possibles entre contenu et contenant ». Enfin au-delà de la matière utilisée, « il faut penser aux multiples étapes de la vie du matériau, de l’extraction au recyclage, en passant par la mise en forme pour que l’impact sur l’environnement soit minimisé au maximum ».

 

C’est notamment ce qu’entreprend Bonduelle en cherchant à réduire la proportion de plastique, mais aussi en améliorant la recyclabilité de ses emballages comme sur la gamme « Les saladiers », en PET recyclable à 80%. Virginie Gallet, chef de projet R&D packaging, explique d’ailleurs dans les colonnes de Point de vente que « c’est le maximum possible pour l’instant, car le RPET reste emprisonné entre deux couches de PET vierge pour ne pas entrer en contact direct avec la nourriture ». Parallèlement, les emballages de la nouvelle gamme BIO prévue pour la rentrée 2019 sont élaborés à 45% de matériaux biosourcés issus de la canne à sucre. Des initiatives parfois discrètes mais très encourageantes et inspirantes pour la grande consommation.

 

 

 

DES CRÉATIONS INTELLIGENTES

 

 

Avant même de parler d’emballage, de déchets, de production et de recyclabilité, il est possible d’anticiper ces problématiques en amont, en étant responsable dès la création. En imaginant des concepts innovants, moins gourmands en termes de matériaux ou d’énergie. C’est notamment toute la question du suremballage. En effet, il est possible de supprimer le superflu en limitant les couches d’emballage, primaire, secondaire, etc.

C’est le cas par exemple d’EVIAN qui propose une nouvelle façon de regrouper ses bouteilles d’eau avec un simple point de colle et évite ainsi le blister plastique. Par exemple LA ROCHE-POSAY qui a supprimé la notice papier en la remplaçant par une version plus courte, directement imprimée sur le packaging. Des gestes simples à intégrer dès la conception des volumes et du design graphique.

Un état esprit que l’on retrouve également chez Puma qui a fait un coup double avec son « Clever little bag » : un sac réutilisable intégré à une boîte repensée qui utilise jusqu’à 65% de carton en moins. Résultat, une économie estimée par la marque à 275 tonnes de plastique par an !

 

 

Enfin, il faut savoir qu’il existe d’autres leviers de design responsable. Par exemple, la production d’encre requiert des ressources non renouvelables et polluantes, de plus l’encrage et le désencrage génèrent des gaz à effet de serre. C’est donc aussi aux équipes créatives d’avoir les bons réflexes dès la phase de création graphique en limitant le nombre de couleurs et la surface d’encrage. Permettant de réduire à la fois le coût de fabrication mais aussi et surtout l’impact environnemental des emballages.

 

 

Pour conclure, on constate donc que la 3evoix pour le packaging de demain se situe davantage autour d’un design responsable et cohérent dès sa création en agence. Car il ne faut pas oublier que les emballages sont essentiels quant à la protection de nos denrées alimentaires. Ils permettent une meilleure conservation des aliments, luttant ainsi contre le gaspillage alimentaire (or le gaspillage a un impact considérable sur notre planète !). Une étude menée par la société BEL montre par exemple que les fromages vendus en portion individuelles sont ainsi 40% moins gaspillés que les fromages vendus à la coupe ! Enfin, il n’est pas inutile de rappeler que les émissions de CO2 résultantes des emballages ne représentent que 4-5% maximum des émissions de gaz à effet de serre causées par un produit (83% pour la production, 11% pour le transport)*.

L’enjeu réside donc aujourd’hui davantage dans notre approche repensée du packaging à travers notre vision du design responsable.

 

*E-RSE, La plateforme de l’engagement RSE et développement durable

 

Marine Monpays,

Responsable du planning stratégique chez SUB, agence de design participatif

Share on facebook
Share on twitter
Share on linkedin